La pleutrerie républicaine


En 2012 ça n’a pas commencé comme ça. Alors que de l’alternance renaissait l’opportunité du changement, la France s’enfonça dans l’apathie. L’occasion de remodeler l’organisation institutionnelle se présenta, il ne fut question que de maquillage. Le virage de la transparence de la classe dirigeante aura été signalé sans jamais être pris. Le dynamisme de l’entrepreneur aura été loué, ses charges et contraintes alourdies. Le soutien à l’économie continua d’être une énième aide que le gouvernement accorde aux entreprises comme s’il s’agissait d’un acte de bonté. La politique de l’emploi continua de s’inspirer d’une charité toute chrétienne à grand renfort de contrats dérogatoires et d’exonérations qui viennent diminuer un coût du travail augmenté la veille. Les prévisions de croissance et budgétaire irréalistes ont continué à jouer leur rôle de cache misère.

En 2017, ça s’est donc terminé comme ça. Rattrapée par le peloton des pays du Sud de l’Europe, la France laisse s’échapper l’Allemagne et les Etats-Unis aux côtés des grands pays émergents et devient une puissance moyenne. L’Union européenne ne dispose plus que d’un moteur… allemand. Mal formée ou sans opportunité, la jeunesse se marginalise ou s’en va. Equerré par un Esprit de privilège que l’on croyait disparu depuis la Révolution de 1789, les citoyen se vengent par le seul moyen dont ils disposent : un bulletin extrême. Surendettée, la Sécurité sociale est devancée par l’assurance privée. Gérée de façon désastreuse, l’éducation nationale est devenue un rouage supplémentaire dans la fabrique du chômage. Délaissés, les cités françaises symbolisent l’inanité des promesses politiques.

Cette sombre et liminaire prospective n’étonnera ni n’indignera personne. Ce funeste destin fait son lit dans les esprits depuis 2008. La seule arme capable de changer ce destin a déçu tous les français : Le Politique ne tient pas ses promesses. Il ne dépasse plus rien et ne se nourri plus que de vanité. Les occasions  n’ont pourtant pas manqué. Le courage, l’humilité, la force, oui. La couardise commanda de ne pas préparer l’avenir. La fatuité ordonna de cultiver l’entre soi. La faiblesse prescrivit de fuir le combat. De citoyen représentant, l’Élu de la République a mué en un citoyen déserteur. La politique française s’est transformée en une gigantesque pleutrerie républicaine.

Le bon sens eût exigé que l’Élu de la République dressât l’inventaire de son action, qu’il écoutât les doléances de ses concitoyens, en somme, qu’il acceptât de redevenir citoyen. En lieu et place du bon sens, il y eut irascibilité, indignation et indifférence devant les attentes d’efficacité et de transparence de la fonction de citoyen représentant. En refusant le geste, pourtant si simple, d’alignement du traitement fiscal et du régime de retraite sur celui de leur concitoyens, les élus s’encombrent d’une présomption de malhonnêteté. La confiance se brise aisément. Il suffit de ne rien faire. Pour la recouvrer, il faut tout refaire. Les Élus de la République détruisent jour après jour la force du Politique. Une fois le Politique à terre, la Liberté n’a plus de bouclier. Mesdames et Messieurs les Élus, par votre passivité, vous nous faites la démonstration d’une formidable pleutrerie républicaine.

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3 réflexions au sujet de « La pleutrerie républicaine »

  1. Si les faiblesses que vous énoncez sont récurrentes, votre appel au sursaut l’est aussi, et c’est tant mieux !
    L’effort d’excellence, de renouvellement des idéaux, la relève de la classe politique, tout cela ne saurait être motivé sans de lucides rappels a la réalité en temps de crise !
    Pour convenu que soit l’exercice, il est salutaire.

    Amicalement

  2. Dans notre système actuel les décisions sont surtout prises à la Présidence et au gouvernement. Les élus n’ont le choix que de valider ou de rompre avec leur parti. Et là c’est le risque de perdre son siège. Or à l’image du français moyen, le parlementaire en prenant de l’âge aspire moins à changer le monde qu’à maintenir sa position sociale. Une chose qu’on a du mal à comprendre lorsqu’on est jeûne…

  3. ce billet est intéressant en ce qu’il enfonce des portes ouvertes et accumule des banalités que chacun rabâche: le politique est déconnecté des réalités, le politique ne pense qu’à sa carrière, le politique n’écoute personne… etc, etc. Vous écrivez: » Pour la recouvrer, il faut tout refaire » (la confiance); sauf que personne n’est capable de donner la moindre indication, la moindre méthode pour retrouver cette confiance qui serait perdue. Et vous pas plus que les autres. Le jour où quelqu’un sera capable, sur ce vaste sujet de la confiance, de donner des pistes, voire des solutions qui ne soient pas des lieux communs, ce jour-là, nous aurons fait collectivement un grand pas. Mais pour moi qui m’intéresse à l’histoire et qui ait quelques modestes connaissances, je peux témoigner que cette affaire de confiance à retrouver se décline depuis le début de la République et sous tous les gouvernements. C’est comme un leitmotiv qui revient à chaque génération. La République et la Liberté sont toujours là, et les politiques aussi car ce sont eux, malgré leurs défauts, qui en sont les boucliers et les garants.
    Vous voudrez bien excuser la rudesse de mon commentaire, mais ce serait vous manquer de respect que de ne pas avoir réagi à votre billet. Bien cordialement.

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