La fonction publique en mode Start-up


Si la situation politique et économique de la France devrait en principe réveiller le sens des responsabilités des acteurs publics, l’immobilisme dont le pays souffre depuis maintenant une vingtaine d’années doit beaucoup aux institutions qui ont pourtant fait la force de notre République. En clair, il ne suffit ni d’être élu, ni même (et peut-être encore moins) d’être populaire pour changer les choses en profondeur. Non. Il faut être un redoutable animal politique et faire preuve d’un grand sens des responsabilité. Encore faut-il rappeler qu’être responsable, ça n’est pas être lourd et pesant. Être responsable, c’est porter sur ses épaules le poids du changement avec une intelligente fermeté, qu’il ne faut pas hésiter à mêler de légèreté. En terme plus concret, c’est monter un véritable business-plan pour le pays.

A cette fin, nul besoin de procéder à une restructuration à marche forcée à la manière France Télécom et de réduire aveuglément le nombre de fonctionnaires. Mieux vaut transformer la fonction publique, une partie à tout le moins. Dans cette optique, pourquoi ne pas s’inspirer des starts-up ? Je m’explique : pourquoi ne pas créer un environnement où l’émulation des intelligences des fonctionnaires créer une dynamique de modernisation de l’action de l’Etat dont ils seraient les artisans ? Pourquoi ne pas créer des cellules spécialisées dans l’innovation numérique, juridique, managériale, marketing etc. pour la fonction publique et le service public ?
Un telle « cellule » ne peut évidemment pas fonctionner pareillement à un département du ministère de l’éducation nationale. La fonction publique s’appuie sur un principe fondamental : le principe hiérarchique. Héritage napoléonien, ce principe a le mérite de structurer un ministère, de lui donner corps et de créer un ordre. Le principe hiérarchique fait d’un ministère une institution solide au service de l’intérêt général. Le deuxième principe est celui de l’égal accès aux emplois publics. Concrètement, il se traduit par le concours. Or, ni le concours, ni le principe hiérarchique n’ont jamais permis de stimuler la créativité, l’ingéniosité et l’imagination de l’esprit. Ces principes ne permettent pas de se réinventer.

Ainsi, l’Etat ferme-t-il la porte à l’innovation, la créativité, le changement, bref, la modernité. En résumé, l’Etat ne se donne pas les moyens de sa survie. D’autant que numériser les services de l’Etat n’est pas une mince affaire, puisqu’il faut procéder à des appels à concurrence qui n‘en finissent pas de compliquer la tâche. En outre, si la haute fonction publique peut s’enorgueillir des talents qui la composent, si les Grands corps de l’Etat sont des institutions absolument essentielles et remarquables, il n’en demeure pas moins que ça n’est pas à la Cour des comptes, quelle que soit la qualité de ses propositions sur la réforme de l’éducation nationale, de mettre en place cette réforme. Alors il faut trouver une solution. Cette solution doit s’inspirer, à mon sens, de deux exemples.
Le premier est celui du créateur de Deezer – qui s’est vu remettre récemment une récompense de la part du MIT. Ainsi, Daniel Marhely a-t-il quitté le système scolaire à 16 ans, puis créa Blogmusik.net qui deviendra Deezer par la suite. Sans même avoir son Bac, ce jeune homme a du talent et de l’imagination : un véritable génie créatif. Deezer devient possible grâce à son co-fondateur, étudiant à l’ESSEC, mais aussi grâce à Xavier Niel qui finance le projet. Xavier Niel est, vous l’aurez-compris, le deuxième exemple, et plus particulièrement, son école. Elle a l’intelligence de ne pas tenir comptes des diplômes, mais de la créativité et de l’imagination, pourquoi pas du génie, et surtout de la motivation.

Pour conclure, l’idée est de créer les « starts-up administratives » de l’Etat. Le concept peut se résumer en un slogan : « la fonction publique en mode start-up ». L’Etat créer le cadre physique et financier, mais aussi intellectuel, favorable à l’émergence de logiciels, de sites, de techniques de marketing, de management ou de techniques juridiques destinées à la fonction publique et aux services publiques. L’Etat n’offre pas un emploi public, mais un projet public. Ces fonctionnaires de projets ne doivent pas être sélectionnés par concours, ces fonctionnaires ne doivent être soumis à un principe hiérarchique rigide. La fonction publique de projet a pour mission de concevoir et de mettre en place les projets de modernisation : ils en sont les artisans. Ces fonctionnaires n’ont pas vocation à s’opposer aux Grands corps de l’Etat, mais à travailler avec eux. Ces fonctionnaires de la modernité sont au service de l’Etat, c’est simplement une autre façon d’envisager et de vivre le service de l’Etat.

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