Entre « les armes », « les vivres » et « la confiance », le gouvernement choisit « la confiance »… au risque de la perdre définitivement


Si l’on s’en tient au propos de Confucius, l’art de gouverner « C’est veiller à ce que le peuple ait assez de vivres, assez d’armes et s’assurer de sa confiance ». Aussi précise-t-il que si la nécessité exigeait que l’on écartât l’un de ces trois éléments, ce serait en premier lieu les armes. Puis, paradoxalement, l’élément qu’il conviendrait d’écarter s’il le fallait n’est pas, toujours d’après Confucius, la confiance, mais les vivres. En effet, la mort est un phénomène, explique-t-il, auquel les hommes ont été, sont et seront toujours confrontés, quand l’existence de l’Etat, elle, ne relève pas d’un phénomène naturel, et dépend donc avant tout de la confiance du peuple en son gouvernement.

Dans le sillage de cette analyse, François Hollande semble essayer de suivre au mieux ces recommandations : dans un premier temps, la volonté affichée de réduire drastiquement le budget militaire, puis, dans un second temps, l’acceptation résiliée d’une croissance atone, d’un chômage de masse, d’une baisse du pouvoir d’achat, et enfin, dans un troisième temps, les déplacements en province et l’intervention télévisée au journal de 20h pour redonner confiance aux français dans les mesures prises et à venir conforme à ses engagements de campagnes.

Or, François Hollande répond à la nécessité de réduire notre endettement en écartant tout d’abord « les armes », il laisse ensuite s’amoindrir petit à petit « les vivres » car en définitive, il ne veut pas vider de sa substance le contrat par lequel les français lui ont accordé leur « confiance » en 2012. Ainsi, le Président de la République observe-t-il les principes de Confucius qu’il applique à son gouvernement avec une efficacité dont il nous est, semble-t-il, permis de douter.

L’histoire de la nation française, et notamment la naissance de l’Etat, a ceci d’original qu’elle est justement intimement liée à l’existence de l’Etat. Comme le démontrent brillamment Emmanuel Todd et Hervé le Bras dans leur ouvrage « L’invention de la France », la nation française est le résultat de l’agrégation  de nombreuses populations aux caractéristiques culturelles, linguistiques, voire même anthropologiques très différentes, et ce, grâce à l’action assimilatrice, universaliste et bien souvent armée de l’Etat.

En résumé, la nation française dépend en réalité profondément de la capacité de l’Etat à lui procurer les armes nécessaires à son indépendance. En effet, les mythes fondateurs de notre nation sont, pour bon nombres d’entre eux, guerriers : l’Empire carolingien, la guerre de cent ans, la révolution de 1789 et son cortège de batailles contre les monarchies européennes, les conquêtes napoléoniennes, le soldat paysans de la première guerre mondiale, l’appel à la résistance du 18 juin 1940 et l’élection d’un général à la tête de notre République en 1958, sont autant d’exemples qui montrent que le peuple français ne donne sa confiance, ne s’affirme et ne brille que si son gouvernement lui fournit les armes nécessaire à son indépendance.

Néanmoins, pourrait-on objecter, cela n’enlève rien à la nécessité de préserver la « confiance » avant « les vivres ». Il est vrai que des gouvernements parviennent à se maintenir en place, sans aller jusqu’à dire qu’ils ont la confiance du peuple, alors même qu’ils ne sont pas en mesure de fournir à leur peuple « les vivres » dont ils ont besoin. Là encore, ce ne sont pas les exemples qui manquent : la Chine communiste de Mao Zedong ne s’est pas effondrée en dépit de la Grande Famine de 1958 à 1961 où 15 millions de personnes auraient péris ; le régime actuel en Corée du Nord continue de disposer d’un Etat fort en dépit d’une misère que l’on ne retrouve nul par ailleurs dans le monde ; et Louis XVI doit autant sa chute aux idées des Lumières qu’au peuple parisien réclamant du pain.

La leçon a tirer de ces faits, me semble-t-il, est que la « confiance » du peuple en son gouvernement, en France à tout le moins, dépend également des « armes » dont il dispose pour s’assurer de son indépendance et que l’existence de l’Etat quand le peuple ne dispose plus des « vivres » suffisants, ne dépend plus que des « armes » utilisés contre lui. Or, dans une démocratie comme la notre, même si le peuple n’a plus « les vivres » qu’il est en droit de réclamer à son gouvernement, celui-ci ne peut utiliser « les armes » contre celui-là. En conséquence, si le gouvernement français place en priorité la « confiance » que le peuple pourrait avoir en lui -ce qu’il traduit par la capacité à respecter les engagements électoraux -, au détriment des « vivres », puis des « armes », il perdra assurément sa « confiance ». Si le gouvernement s’assure en premier lieu de donner au peuple « les vivres » dont il a besoin et de lui donner « les armes » nécessaire à son indépendance en second lieu, l’Etat continuera d’exister, mais peut-être pas la gouvernement actuel dont le contrat électoral de « confiance » signé avec les français devra très certainement être amendé.

Ainsi, le gouvernement actuel est un acteur majeur d’un enjeu historique que la mondialisation pose à la France : la préservation de son indépendance, de son modèle mais aussi, de sa richesse, de son influence et de sa place dans le monde d’aujourd’hui. A cela, le gouvernement répond par une série de réformes d’envergure. Des emplois d’avenir et des contrats de génération, le mariage pour tous, une réduction drastique du budget militaire, un crédit d’impôt, le dispositif Duflot, la semaine de 4 jours et demi, la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires, la fin de la journée de carence dans la fonction publique, une taxe à 75% retoquée, l’alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail.

En aparté, on notera que le contrat de génération et le contrat d’avenir viennent s’ajouter aux  contrat d’accompagnement, contrat d’adaptation, contrat d’apprentissage, contrat de professionnalisation, contrat de qualification, contrat d’emploi consolidé, contrat d’insertion dans la vie sociale, contrat d’orientation, contrat emploi jeune, contrat emploi solidarité, contrat initiative emploi, contrat insertion, contrat jeune en entreprise, contrat unique d’insertion et contrat unique d’insertion dans le non-marchand déjà votés par le passé.

La loi Duflot vient quant à elle s’ajouter aux lois Scellier, loi Malraux, loi Monuments, loi Girargin, loi Censi-Bouvard et dispositifs LMP, LMNP, Borloo neuf, Borloo ancien, Robien classique, Robien ancien, Besosn ancien.

Le cérdit d’impôt compétitivité vient à son tour s’ajouter au crédit-impôt recherche, crédit d’impôt en faveur du développement durable, pour dépense de prospection commerciale, le crédit d’impôt employeur en ce qui concerne et les entreprises, et en ce qui concerne les particuliers le crédit d’impôt pour dépense d’équipement, crédit d’impôt garde d’enfant, le crédit d’impôt service à domicile, crédit d’impôt prêt étudiant, crédit d’impôt développement durable, crédit d’impôt au titre des primes d’assurance loyers impayés et crédit d’impôt applicable à la souscription d’une complémentaire santé.

Inutile de prolonger plus longtemps le supplice, vous aurez compris mon propos, François Hollande est un homme sincère, de conviction, qui croit en  en ce qu’il dit, et cela, personne ne peut le nier. En revanche, le gouvernement apparait un peu comme David face à un Goliath qui n’est pas la finance, mais plutôt la Chine, face à laquelle le crédit d’impôt de 20 milliards et le contrat de génération font office de lance pierre. Il existe toutefois une différence fondamentale entre le récit actuel de la France et celui de David : l’un réel, l’autre est biblique.

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Une réflexion au sujet de « Entre « les armes », « les vivres » et « la confiance », le gouvernement choisit « la confiance »… au risque de la perdre définitivement »

  1. Le bloc de ces trois paragraphes d’accumulation fait mieux qu’un long discours. Belle manoeuvre.

    J’en profite pour vous corriger sur un point : il semblerait que le budget de la Défense pour 2014 demeure à son niveau de 2013.

    Et en effet, la communication permettant de restaurer la confiance… afin de restaurer la confiance semble un peu vaine – à moins qu’il ne s’agisse d’un exercice d’affirmation personnelle, c’est très à la mode.

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