Message de la jeunesse au Gouvernement


A ceux qui se demandent ce que peut bien attendre un jeune de la vie, je leur réponds que c’est avant tout de pouvoir faire ses preuves, d’avoir le droit de commettre des erreurs et de reprendre son chemin. La simple idée qu’une fois le CDI en poche le pire est évité suffit à faire naître chez l’individu l’instinct de conservation au détriment de l’esprit d’aventure, seul à même de créer le goût du risque.

Prendre des risques implique que l’on se trompe, que l’on chute, que l’on pose un genou à terre. Prendriez-vous le moindre risque en sachant qu’en cas d’erreur, vous vous retrouvez sur un marché du travail rigide où finalement, l’erreur semble peu permise ? En réalité, l’obsession de la sécurité de l’emploi et les 35 heures ne font que renforcer la pression qui pèsent sur les salariés. Si je fais une erreur, comment pourrais-je me rattraper en ne travaillant que 35 heures ? Je prends des risques, commets une erreur et suis licencié. Comment pourrais-je trouver un travail ?

Est-ce à dire qu’il faut sécuriser de façon absolue le contrat de travail ? Dans ce cas, le risque est absent. Et ce pourrait être une bonne chose si le chef d’entreprise, de fait, n’en venait pas à avoir, lui, peur de prendre des risques. D’autant plus qu’il n’existe rien de plus difficile en entreprise qu’un employé et son patron incapables de s’entendre et qui, pourtant, continuent à se voir tous les jours comme un vieux couple marié qui ne s’aime plus depuis des années.

In fine, le marché du travail ne présente plus d’opportunités car à chaque offre de travail, s’accole une prime de risque que peu d’entreprises sont prêtes à accepter dans un tel contexte morose. La moindre erreur, pour le chef d’entreprise comme pour le salarié est fatale. Alors on ne bouge plus. Cela s’appelle la stérilisation. Et lorsqu’on stérilise, on empêche la reproduction. Si l’on empêche la reproduction, on éteint l’espèce. En résumé, on tue l’idée d’avenir.

A ceux qui trouverons la métaphore douteuse, je leur réponds que dans l’esprit d’un jeune aujourd’hui, conscient que ses premiers salaires seront faibles, que ses opportunités d’évolution de carrière seront faibles et que le nombre d’offres d’emploi sera faible, l’écho est puissant. La précarité, ça n’est pas le faible salaire. La précarité, ça n’est pas le risque de la perte d’emploi. La précarité, ça n’est pas le poste en bas de l’échelle. Tout cela, lorsque l’on débute demeure parfaitement légitime.

En revanche, la précarité c’est l’absence d’augmentation de salaire, elle-même fonction de l’absence d’opportunités d’évolution de carrière. La précarité, c’est de savoir que si l’on perd son emploi, le futur employeur réfléchira à trois fois avant de nous embaucher à nouveau, car il a déjà réfléchi à deux fois lorsqu’il lui a fallu calculer le coût de l’embauche et le coût d’un éventuel licenciement.

A tous ceux qui prétendent défendre le progrès social, je leur dis qu’ils tuent l’espoir. Je leur dis qu’ils gâchent toute chance de pouvoir faire ses preuves, mais surtout, de se tromper et de commettre des erreurs. Je leur dis qu’il n’ont que le présent à l’esprit et que la vie qu’il propose est vide de sens. Je leur dis qu’il tue le mouvement, alors même que le mouvement fait partie intégrante de notre nature de la plus infime des particules élémentaires jusqu’aux galaxies. Je leur dis qu’ils n’ont rien à offrir que la nostalgie d’un monde qui n’est plus qu’un songe.

Nous ne voulons pas d’un emploi sécurisé, ou devrais-je dire, verrouillé. Nous voulons pouvoir perdre un emploi et en retrouver un autre. Nous ne voulons pas d’un bail que le propriétaire ne peut pas rompre, mais nous voulons pouvoir perdre notre logement et en retrouver un. Nous ne voulons pas d’un salaire minimum de 1500€, nous voulons pouvoir augmenter notre salaire en faisant nos preuves. Nous ne voulons pas d’une indemnité chômage de deux ans financée avec de la dette qui oblige les entreprises à rogner l’économie productive seule à même de nous offrir des emplois.

En résumé, nous ne voulons pas être pris pour des fainéants à qui il faut tout donner. Nous voulons avoir la chance de faire nous-même notre place. Nous voulons votre confiance, et non votre assistance. Nous ne sommes pas en pannes, cessez simplement de lever le frein à main.

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2 réflexions au sujet de « Message de la jeunesse au Gouvernement »

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