Le nationalisme ou comment crétiniser, ankyloser et décerveler le débat européen


Nous ne devons pas douter de notre grandeur, de notre rayonnement et de notre modèle. En dépit de nos errements, de nos hésitations, de nos erreurs parfois historiques et tragiques, nous portons nos valeurs depuis des centaines d’années maintenant et rares sont les pays qui peuvent en dire autant. Nous devons croire en nous-mêmes, en notre génie et en notre humanité. Certes, nous avons le plus grand mal, sans être les seuls, à concilier concrètement la liberté et l’égalité. Certes, nous aimons la stabilité que malheureusement nous pensons incompatible avec l’idée de mouvement. Certes, la nostalgie de la grande nation française nous submerge lorsqu’au milieu de la mondialisation et au cœur de la construction européenne, nous observons, non sans crainte, les changements.
Mais cette incroyable aventure qu’est l’Union Européenne mérite qu’on lui accorde un peu de notre admiration. Car sur nos épaules repose bien plus que la simple responsabilité d’une paix durable entre nations. Avec nos voisins européens, et en particulier nos voisins allemands, nous sommes devenus des bâtisseurs : nous construisons aujourd’hui la civilisation européenne comme l’avait fait avant nous Rome et l’Eglise. Ce sera là le plus bel et le plus précieux héritage que recevrons nos enfants. Il ne s’agit de pas de nier la grandeur du temps des nations, ni même de faire fi de leur existence encore bien réelle et actuelle. Mais l’heure n’est plus à la seule contemplation des bienfaits d’une époque révolue si différente de l’incroyable vitesse du monde actuel. Si nous avons l’ambition de bâtir une civilisation respectée, influente et capable de participer activement à la marche du monde, alors nous devons avoir l’audace de la jeunesse retrouvée dans un monde nouveau.

Voulons-nous que les droits les plus élémentaires de l’homme soient respectés de par le monde ? Alors il nous faut une civilisation européenne forte. Voulons-nous que les grands de ce monde s’engagent dans la transition écologique avec nous ? Alors il nous faut une civilisation européenne forte. Voulons-nous faire de la paix dans le monde un enjeu prioritaire que les pressions extérieures ne sauraient écarter ? Alors il nous faut une civilisation européenne forte. Que pèsent 65 millions d’individus quand 500 millions d’européens peuvent faire corps et peser de tout leur poids dans la balance mondial ? Que pèsent 65 millions d’individus face a 1 300 millions de Chinois qui retrouvent, et c’est tant mieux, leur grandeur passée ? Que pèsent un PIB de face à un PIB de 16 298 milliards ?
Bien avant d’être français, nous avons été européens; c’était l’œuvre de Rome puis de l’Eglise. L’identité européenne ne nous a jamais quittés. Parfaitement différente d’une identité nationale, l’identité européenne est une identité « civilisationnelle ». Une nation est d’une part une réalité sociale, culturelle et historique et d’autre part, une réalité institutionnelle et politique. La réalité institutionnelle et la réalité culturelle sont interdépendantes. A elle deux, elles forment la réalité nationale. Il en va de même pour l’identité européenne. Il y a une réalité sociale, culturelle et historique ainsi qu’une réalité institutionnelle et politique. Mais on ne rappelle jamais assez la chose suivante : une nation n’est pas une civilisation. Par conséquent, les grilles d’interprétation à travers lesquelles nous pensons la nation ne peuvent être les mêmes que celles qui permettent d’observer la civilisation.
En résumé, parler de l’Europe comme on parle d’une nation est le plus beau cadeau que l’on peut faire au nationalisme le plus simpliste, mais plus grave encore, le plus lâche. Parce que la nationalisme n’est jamais plus heureux que lorsqu’il regarde derrière lui et surtout ne met pas un pied devant l’autre s’il n’y a pas, au sol, les traces de pas de ses ancêtres. En sommes, le nationalisme est un enfant, parfois très intelligent et peut-être même très sensible qui, à la manière de Maurice Barrès, entre toute les femmes ne voit de vrai que la mère. Si l’amour naïf d’un enfant pour sa mère est adorable, lorsque cet amour demeure alors que l’enfant n’est plus, l’adulte vit déboussolé, triste peut-être, craintif certainement, violent parfois sinon souvent. Et qu’advient-il d’un tel adulte doté de la puissance politique d’agir ? La société est triste, craintive, violente ou s’enfonce dans une espèce de nostalgie nerveuse. Les habitudes, les traditions, les règles séculaires, l’hérédité sont les adultes, et les individus sont les enfants cajolés et protégés. Protéger de quoi ? Du poids des responsabilités.
Car nous prenons nos responsabilité lorsque nos actes ont des effets plus ou moins prévisibles sur l’ordre des choses. Autrement dit, la responsabilité demande de l’audace et du courage, quand l’irresponsabilité a besoin d’un ordre érigé en réalité immobile à perpétuité. Finalement, le nationalisme est l’une des plus déplorables lâchetés de ce début du IIIème millénaire. Et ceux qui l’incarnent sont des grandes personnes avec des petits esprits d’enfants.

Pour exprimer mon opinion, je vais changer de registre si vous le voulez bien. Je vois dans le nationalisme un vieil avare, très intelligent, maniaque et obsessionnelle. Je dirais également du nationalisme qu’il est le gentil « fils à sa Môman ». En réalité, le nationalisme est un puissant soporifique qui agit sur nos sens et notre esprit par une répétition nauséabonde, stérile et implacable des mêmes mots, des mêmes idées. Au principe de répétition s’ajoute celui de l’infécondité conceptuelle : on ne réinvente plus rien, on ne prend plus aucun risque, on entre dans un état contemplatif paresseux plus ou moins sophistiqué, on se range douillettement et pernicieusement derrière notre héritage.

Le nationalisme a ce don malheureux d’inspirer l’abattement, la morosité voire le dégoût du présent, et surtout de l’avenir. Et alors les yeux vitreux, le corps mou et l’esprit vidé par la crainte et le désenchantement de l’avenir, nous plongeons piteusement dans l’ennui du monde actuel ; le genre d’ennui qui vous fait les yeux tout rouges, les joues humides et la tête douloureuse après avoir baillé une bonne dizaine de fois. Prostré, assommé, asséché par la rhétorique nationaliste, l’esprit s’enlise et finit par faire de nous des êtres fragiles n’ayant plus ni les clés ni les moyens d’agir dans le monde présent et de penser celui du futur. C’est à ce moment précis quand, après avoir créé le trouble et l’accablement, le nationalisme fait son lit. Nul besoin de prendre des initiatives, les règles du passé viennent nous montrer la voie; nul besoin de d’évoluer, le nationalisme offre une identité, une place, un cadre, un monde où nous pouvons sans crainte ni effort nous laisser vivre; nul besoin de faire face aux difficultés présentes et aux défis de l’avenir, la nationalisme nous montre un chemin déjà débroussaillé à maintes reprises.

Alors face à cela, on va essayer de s’amuser un peu avec l’Europe. Oui, le sujet paraît tout de suite moins drôle, mais là vous vous trompez. Parlons de l’Europe, non pas comme on parle de la nation. Prenons le risque de l’incertitude et cherchons les notions, les concepts enfin bref, les mots pour parler de notre civilisation. Voyez, comparer l’identité française à l’identité européenne ne présente absolument aucun intérêt, parce que ce sont deux choses par nature très différentes. Mais les nationalistes peuvent toujours intervenir, à la condition d’essayer de parler d’autre chose que de « Môman ».

Allez, je vous dis à bientôt.

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3 réflexions au sujet de « Le nationalisme ou comment crétiniser, ankyloser et décerveler le débat européen »

  1. Les belles envolées littéraires c’est mignon à lire mais ,ici, on ne tiens PAS compte des réalités ! A 500 millions on fait bcp de poids qu’à 63 millions ça un gosse de la maternelle le sait MAIS si les 500 millions sont organisés comme notre Europe l’est, aujourd’hui ? cela donne ce que l’on constate …..ET, ce n’est PAS BRILLANT !!! Ce n’est pas en mélangeant n’importe quelles herbes que l’on fera une Bonne Soupe !!! Un peu de cigüe ou un peu de « pistou » …je préfère le «  »pistou » » !

    • L’Europe a un gros défaut, celui de ne pas savoir communiquer, finalement de ne pas être suffisamment politique.Pour le reste, ses directives et règlements sont essentiels pour la dynamique économique du continent. Et sans ça, on ne parviendra pas à créer des géants mondiaux capables de résister, à l’image d’EADS, aux chinois et aux américains.

  2. Cher môssieur,ce sont nos Politiques qui ne sont et n’ont pas été à la hauteur ! ET,malheureusement ,s’ils ne se réveillent pas vite , nous irons vers le nationalisme mais pour notre salut CAR ou bien l’Europe fait le BON travail ou bien il vaudra MIEUX se retrouver entre nous (même si ce sera avec regret !!!)

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